Elle est entrée en fonction le 12 mai 2025 et agit comme protectrice indépendante pour porter la voix des jeunes et veiller à la prise en compte de leurs intérêts. Nous l’avons vue prendre la parole à maintes reprises depuis sa nomination – unanime, par l’Assemblée nationale – et chaque fois, son discours était sans équivoque: Marie-Eve Brunet-Kitchen, la nouvelle commissaire au bien-être et aux droits des enfants du Québec, dérangera certainement puisque les enfants seront au cœur de ses préoccupations. À première vue, nous ne saurions être plus heureux de cette nomination.
Bien sûr, la création d’un commissaire au bien-être et aux droits des enfants au Québec s’inscrit dans la foulée logique des travaux de la > Commission Laurent, cette Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse dont nous espérions tant. Elle répond à un constat difficilement contestable : malgré la multiplicité des acteurs en jeunesse, la voix des enfants demeure trop souvent absente, voire inexistante, dans les grandes orientations publiques. Sur ce point, le consensus est fort et nous y souscrivons sans hésitation. Doit-on rappeler pourquoi la création des CPE en 1997 avait été le projet prioritaire du Sommet socioéconomique de 1996? Pourquoi le gouvernement québécois avait retenu les services du psychologue Camil Bouchard pour rédiger ce qui allait devenir la référence en termes d’investissements et d’interventions, Un Québec fou de ses enfants?
Ainsi, aujourd’hui, la nouvelle commissaire >Marie-Eve Brunet Kitchen veut donner aux enfants une tribune indépendante, qui soit capable de porter une vision globale et préventive de leur bien-être, afin de combler un immense vide structurel: celui d’un regard transversal, capable de dépasser les silos institutionnels.
Cependant, au-delà de l’intention, c’est l’exécution qui suscite des réserves importantes. Non, le Québec ne part pas de zéro… Les droits des enfants bénéficient déjà d’un cadre institutionnel considérable. Mais si les acteurs jouant dans ce cadre sont nombreux, l’enjeu selon nous n’est plus tant leur présence que leur cohérence. C’est bien dans ce contexte que nous sommes est en droit de questionner les risques de duplication! La commissaire viendra-t-elle réellement renforcer le système ou ajouter une couche supplémentaire à un édifice déjà bien complexe? Nous n’avons pas besoin d’un observateur de plus…!
Rencontre des partenaires : une première
Lors de la rencontre avec les partenaires à laquelle j’ai assisté le 26 mars dernier, la commissaire a tenté de clarifier son rôle et la capacité de son équipe (actuellement une trentaine de personnes et, ultimement, 110 personnes à son emploi) à se positionner comme de véritables acteurs de coordination et d’influence.
Les attentes sont élevées. Le travail de la commissaire ne doit pas demeurer symbolique : notre réseau n’a pas besoin d’une instance supplémentaire qui se limite à produire des rapports, mais d’un levier, solide, puissant, efficace, capable d’orienter les décisions, d’interpeller les pouvoirs publics et, ultimement, d’améliorer concrètement et réellement la vie des enfants.
Le défi est délicat: trop peu de pouvoir et le poste devient accessoire; trop de chevauchement, il contribue à la confusion.
Pour l’Association des cadres des CPE, la valeur ajoutée devra se mesurer à trois résultats : une meilleure cohérence des politiques publiques, une attention accrue à la prévention et, surtout, une place centrale accordée à la parole des enfants.
Reste une question très concrète: comment rejoindre les enfants d’âge préscolaire? Ce segment d’âge interpelle directement notre réseau. Nous avons très hâte qu’on nous explique quels seront les moyens d’action de la Commissaire et son levier de transformation au sein des différentes structures qui l’entourent…
Élyse Lebeau, MBA, Adm.A
7 avril 2026