> LETTRE OUVERTE
Publiée dans Le Devoir, le 8 novembre 2023
L’article intitulé > Moins d’éducatrices qualifiées jusqu’en 2027, publié le 1er novembre dernier dans Le Devoir, nous incite à réagir afin d’inviter le gouvernement à élargir son analyse de la grave situation de pénurie de main-d’œuvre dans les services de garde éducatifs de la petite enfance que nous connaissons.
Nous pensons en effet qu’il est de notre responsabilité d’offrir notre entière collaboration au gouvernement afin de réfléchir à des solutions efficientes qui pourront réellement contribuer à endiguer la pénurie et l’hémorragie des éducatrices et éducateurs, qui quittent par milliers le réseau depuis quelques années, pour ainsi assurer le maintien de la qualité des services offerts aux jeunes enfants.
Il est largement reconnu que la qualité éducative est le principal déterminant de l’effet positif des services de garde sur le développement des enfants. Les recherches sur la qualité éducative et sur ce qui contribue à la soutenir depuis plus de 25 ans au Québec nous permettent d’affirmer qu’elle s’appuie principalement sur des éducatrices et éducateurs qualifiés, dont le bien-être et la satisfaction au travail sont élevés et qui sont bien rémunérés. Plusieurs études récentes vont d’ailleurs en ce sens et laissent croire qu’agir sur des facteurs comme celui de la valorisation et de l’identité professionnelle des éducatrices et des éducateurs est efficace pour s’attaquer au problème criant qu’est la rétention du personnel.
Parmi les moyens à prendre pour y parvenir, de meilleures conditions de travail seraient essentielles pour favoriser l’attractivité des postes ainsi que la rétention d’un personnel bien formé et capable d’offrir des services éducatifs de qualité. La rémunération faisant partie intégrante de ces conditions de travail, offrir des salaires décents et des avantages sociaux supérieurs contribuerait à la rétention des éducatrices et des éducateurs en service de garde éducatif.
Un autre moyen pour atténuer les difficultés que vivent les éducatrices et les éducateurs en service de garde éducatif, de même que pour en attirer de nouvelles et pour retenir celles qui y sont déjà, consiste à leur offrir le soutien et l’accompagnement de personnes conseillères pédagogiques, d’agentes de soutien et de conformité et de cadres en exercice. Ces professionnelles de l’ombre épaulent les personnes éducatrices et préviennent les risques d’épuisement professionnel et de surexposition au stress, surtout dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. En soutenant les éducatrices et les éducateurs, on contribue grandement à l’inclusion de tous les enfants dans un service de garde éducatif, dont ceux ayant des besoins de soutien particulier.
Nos observations et notre connaissance du milieu pointent toutes dans la même direction, à savoir que les conditions actuelles de la pratique sont particulièrement difficiles pour le personnel éducatif et de soutien ainsi que les cadres en exercice. Nous pensons que le ratio d’une personne qualifiée sur deux, qui se maintiendra encore pendant trois ans, contribuera à accentuer les défis du personnel éducatif ainsi que des autres métiers de la petite enfance. Il est en effet assez facile d’imaginer que les éducatrices et éducateurs les plus expérimentés, soit ceux et celles qui cumulent plus de 12 à 15 ans d’expérience, seront encore plus sollicités afin de soutenir les nouvelles éducatrices non qualifiées qui entreront dans les prochains mois et années.
Notre analyse de la situation est aussi que les recrues ne sont pas attirées par la profession, en raison notamment des conditions de travail difficiles, mais surtout à cause de la faible rémunération qui y est associée. Dans le contexte actuel de pénurie de main-d’oeuvre, les nouvelles générations peuvent choisir entre de nombreuses professions plus rémunérées que celle d’éducatrice et d’éducateur à la petite enfance. On doit donc les attirer avec plus que des remerciements, car elles ne sont plus uniquement intéressées par la vocation. Elles veulent une vraie profession, reconnue et bien rémunérée.
Nous invitons donc le gouvernement du Québec — et en particulier le premier ministre et la ministre de la Famille — à faire un pas de recul afin de réfléchir à tous les enjeux systémiques impliqués dans cette pénurie de main-d’oeuvre en petite enfance. Nous offrons notre expertise en recherche et notre connaissance du réseau des services de garde éducatifs à la petite enfance afin de contribuer à un réel débat de société au regard de la qualité éducative. C’est en effet l’avenir de cette profession d’éducatrice et d’éducateur, de même que la qualité du réseau des services de garde éducatifs de la petite enfance, essentielle au bien-être et au développement des tout-petits, de leurs familles et de l’ensemble de la société, qui est en péril si nous ne réfléchissons pas collectivement à des solutions efficaces qui tiennent compte des réels besoins du milieu.
Par Nathalie Bigras et Lise Lemay
Les autrices sont respectivement professeure titulaire et professeure régulière (UQAM) et codirectrices de l’Équipe de recherche FRQSC Qualité des contextes éducatifs de la petite enfance (QCEPE). Elles signent cette lettre avec des cosignataires issues d’une large coalition de la recherche et de la pratique en petite enfance qui œuvrent quotidiennement à offrir des services de garde éducatifs de qualité au Québec
CO-SIGNATAIRES
Caroline Bouchard, professeure titulaire (ULaval) et directrice de l’Unité mixte de recherche Petite enfance, grandeur nature
Lorie-Marlène Brault Foisy, professeure (UQAM) et titulaire de la Chaire de recherche stratégique en neurosciences cognitives pour l’éducation dès la petite enfance (UQAM)
Annie Charron, professeure titulaire (UQAM) et titulaire de la Chaire de recherche stratégique sur la réussite éducative des enfants à l’éducation préscolaire (UQAM)
Sylvana Coté, professeure titulaire, École de santé publique, Département de médecine sociale et préventive, Université de Montréal
Mathieu Point, professeur (UQTR) et cotitulaire de la Chaire d’excellence en enseignement Éducation par la nature et territoire apprenant
Sophie Mathieu, professeure invitée (Université TÉLUQ) et membre du Conseil consultatif national sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants
Caroline Doré, présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants en Techniques d’éducation à l’enfance (AEETEE) du Québec et enseignante au cégep de Drummondville
Valérie Grenon, présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ)
Line Camerlain, première vice-présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
Caroline Senneville, présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN)
Lucie Longchamps, vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN (FSSS-CSN)
Denis Bolduc, secrétaire général de la Fédération des travailleuses et travailleurs du Québec (FTQ)
Élyse Lebeau, MBA, Adm. A., directrice générale de l’Association des cadres des centres de la petite enfance du Québec (ACCPEQ)
Sandro Di Cori, directeur général de l’Association québécoise des CPE (AQCPE)
Mariève G.-Péloquin, Emma Bernard, Élisabeth O’Farrell et Émilie Dechamplain, instigatrices du mouvement Valorisons ma profession
Marilou Fuller, directrice générale du mouvement Ma place au travail
Élise Bonneville, directrice du Collectif petite enfance
Liesette Brunson, professeure (UQAM), membre de l’équipe QCEPE.
Stéphanie Duval, professeure en éducation préscolaire (ULaval), membre de l’équipe QCEPE.
Geneviève Cadoret, professeure (UQAM) au département des sciences de l’activité physique, membre de l’équipe QCEPE
Élaine Turgeon, professeure en éducation préscolaire (UQAM), membre de l’équipe QCEPE
Christelle Robert-Mazaye, professeure en éducation préscolaire (UQO), membre de l’équipe QCEPE
Joanne Lehrer, professeure en éducation préscolaire (UQO), membre de l’équipe QCEPE
Audette Sylvestre, professeure en orthophonie (ULaval), membre de l’équipe QCEPE
Andréanne Gagné, professeure en éducation (ULaval), membre de l’équipe QCEPE
Isabelle Laurin, professeure associée au département de médecine sociale et préventive, Université de Montréal, membre de l’équipe QCEPE
Élisabeth Jacob, professeure en éducation préscolaire (UQAC)
Aimée Gaudette-Leblanc, professeure en éducation préscolaire et petite enfance (UQTR)
Christian Dumais, professeur titulaire (UQTR) et codirecteur du comité de programmes de premier cycle en éducation préscolaire et petite enfance
Alexandra Paquette, M. éd., coordonnatrice de l’Équipe de recherche qualité des contextes éducatifs de la petite enfance
Julie Lachapelle, Ph.D., agente de recherche et chargée de cours, Département de didactique, UQAM
Julie Lemire, professionnelle de recherche, UQAM
Marie-Maude S.-Laflamme, étudiante à la maitrise en psychopédagogie et auxiliaire de recherche, ULaval
Martine Asselin, étudiante au doctorat en psychopédagogie, ULaval
Michelle Leboeuf, professionnelle de recherche, UMR Petite enfance, grandeur nature, ULaval
Nancy Proulx, étudiante au doctorant en éducation, UQAM
Mélanie Rousseau, trésorière de l’AEETÉE
Danielle Combes, administratrice AEETÉE, enseignante et spécialiste RAC au département TÉE du Cégep de Lanaudière
Toutes les personnes enseignantes du département de TÉE du Cégep André-Laurendeau
Toutes les personnes enseignantes du département de TÉE du Cégep de Drummondville
Toutes les personnes enseignantes du département de TÉE du Cégep Édouard-Montpetit
Toutes les personnes enseignantes du département de TÉE du Cégep Marie-Victorin
Annik Côté Drew, enseignante et coordonnatrice du département de TÉE, Collège Laflèche
Caterine Pelletier, enseignante en TÉE, Cégep du Vieux Montréal
Claude Voyer, enseignante en TÉE, Cégep de Shawinigan
Judith Ouellet St-Denis, enseignante au département de TÉE, Cégep de l’Outaouais
Lina Vallée, enseignante et coordonnatrice du département de TÉE, Cégep de Sept-Îles
Josée Boutin, enseignante au département de TÉE, Cégep de Sept-Îles
Stéphanie Pineault Chambers, enseignante au département de TÉE, Cégep de Sept-Îles
Lysanne Denicourt, enseignante au département de TÉE, Cégep Gérald-Godin
Isabelle Martin, enseignante et coordonnatrice du département de TEE, Cégep de l'AbitibiTémiscamingue
Natacha L’Écuyer, enseignante au département de TEE, Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue