Pour une société bienveillante: ça presse!

Au milieu des années 1990, avec le rapport Un Québec fou de ses enfants, le Québec se donnait une ambition claire: investir en prévention, soutenir les familles, s’attaquer à la pauvreté et à la maltraitance.

Trente-cinq ans plus tard, force est de constater que l’élan s’est essoufflé — et que ceux qui tiennent encore le filet social… le tiennent à bout de bras. Parce que oui, sur papier, on avance.

L’histoire récente nous le rappelle.

1984 : on inscrit dans la loi la primauté parentale : l’enfant appartient d’abord à sa famille, et l’État ne remplace pas les parents… sauf en cas de nécessité.

2006 : réforme majeure de la Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ) on reconnaît enfin l’importance de la stabilité et du projet de vie pour chaque enfant.

2019 : le décès de la fillette de Granby secoue le Québec et mène à la commission Laurent, dont le rapport sera déposé en 2021.

2024 : nomination de Lesley Hill à la tête de la DPJ — avec l’espoir de mieux arrimer la protection de l’enfance aux CPE, aux écoles et au communautaire, et de reconnaître enfin qu’elle ne se joue pas uniquement à la DPJ.

2025 : nomination d’une première commissaire au bien-être et aux droits des enfants (voir notre >éditorial d’avril).

Des jalons. Des prises de conscience. Des signaux. On veut faire mieux. Parfait. Mais sur le terrain? Le constat, lui, ne change pas vite!

En 20 ans, les signalements à la DPJ ont bondi de 110 %. En 2024, près d’un jeune sur cinq est touché par la négligence ou un risque sérieux de l’être.

Un enfant sur cinq. Il faut le redire.

Une >enquête menée en novembre 2025 par Synopsis pour le compte de Marie-Vincent dévoile que près d’une femme sur 3 et d’un homme sur 5 auraient vécu une agression sexuelle avant l’âge de 18 ans, la première agression ayant eu lieu en moyenne à 11,5 ans.

Malgré tout ce qu’on met en place, trop d’enfants passent encore à travers les mailles du filet. Et ce filet — celui dont on était si fiers — est en train de s’effilocher. Pendant qu’on écrit des stratégies, les ressources, elles, diminuent. Le réseau public s’essouffle. Et le milieu communautaire — souvent le premier filet, parfois le dernier — « est à boutte ».

On parle encore de concertation, de collaboration, de mieux travailler ensemble. Très bien. Mais comment se fait-il qu’en 2026, on en soit encore à devoir le redire?

Comment se fait-il qu’on doive encore rappeler que le terrain, lui, sait?

Que ceux qui sont réellement au milieu des familles, au quotidien, ne sont pas que des “partenaires parmi d’autres”, mais une pièce centrale?

Oui, il y a des initiatives porteuses. Des projets qui fonctionnent. Mais ils restent trop fragiles. Trop dépendants. Trop précaires. Alors, la vraie question — surtout en période préélectorale — elle est simple: Est-ce qu’on veut vraiment être un Québec fou de ses enfants… ou juste continuer à le dire? Parce que si on le veut pour vrai, ça va demander autre chose que des annonces.

Ça va nécessiter de freiner la privatisation.

Ça va nécessiter de réinvestir sérieusement en santé et en éducation.

Et surtout, ça va nécessiter d’arrêter de demander aux CPE, aux écoles et aux organismes communautaires d’en faire toujours plus… avec toujours moins.

On ne protégera pas mieux les enfants en coupant dans la formation, dans les ressources spécialisées ou dans le fonctionnement. On le sait. On le sait depuis longtemps. La question, maintenant, n’est plus « Que faire? ». La question qui doit être posée et pour laquelle on attend encore une réponse est : « Est-ce qu’on est encore prêts à se donner les moyens? »

Si la réponse est oui, il va falloir agir.

Et vite.

Élyse Lebeau. MBA, Adm.A
Le 18 juin 2026

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